IDEX « SUPER » : l’élitisme sous couvert d’excellence

Dans un contexte où le budget dédié à l’enseignement supérieur n’augmente pas alors que les besoins, eux, augmentent bien, au regard notamment de l’échec en premier cycle (en licence), le gouvernement choisit de concentrer ses financements sur quelques rares universités ou filières.

Pour ce faire, le Ministère de l’Enseignement Supérieur fait le choix de la mise en concurrence pour ne sélectionner que quelques rares projets qui émergeront pour être financés.

Un appel à projets a donc été lancé, conduisant les universités à élaborer des initiatives d’excellence, appelées « IDEX ». Les Universités Paris II, IV, VI, par le biais du PRES (Pôle de Recherche et d’Enseignement Supérieur) « Sorbonne Universités » ont répondu à cet appel d’offre en présentant l’IDEX « SUPER » (Sorbonne Universités à Paris pour l’Enseignement et la Recherche).

L’UNEF condamne cette méthode de financement sur projet et déplore aussi bien l’élaboration même du projet que la conduite de sa réalisation future. Les conseils des Universités Paris II, IV, VI, n’ont pas été consultés dans l’élaboration de « SUPER ». Les étudiants a fortiori, par le biais de leurs représentants dans ces conseils, n’ont été informés à aucun stade du projet et donc encore moins pour y participer. « SUPER », si le projet est sélectionné, sera conduit seulement par le PRES « Sorbonne Universités », encore une fois sans que les conseils de chacune des Universités aient leur mot à dire; or il n’y a aucun représentant étudiant dans les organes décisionnels du PRES. Les étudiants sont encore une fois ignorés !

L’UNEF s’oppose à la sélection d’un projet élitiste constituant un nécessaire recul des droits étudiants. L’UNEF s’oppose ainsi à la sélection du projet SUPER par le Ministère de l’Enseignement Supérieur.

La sélection pour les filières d’excellence…

Alors que les rédacteurs du projet « SUPER » font bien le malheureux constat de 60% d’échec en premier cycle, en Licence, l’IDEX ne propose qu’une vieille recette : la sélection. Or, toute sélection à l’entrée d’un cursus universitaire se traduit nécessairement par une sélection sociale, les meilleurs bacheliers étant majoritairement issus des milieux les plus favorisés, d’autant plus si la sélection n’est ouverte qu’aux meilleurs des Bac S.

L’IDEX met en place des cursus d’excellence avec les moyens pédagogiques nécessaires et concentrant les moyens financiers de l’IDEX et délaisse alors la quasi-totalité des étudiants, dont ceux les plus en difficultés.

Cela revient à un enseignement supérieur à deux vitesses entre l’excellence pour quelques-uns, le dépouillement et l’échec pour la majorité des étudiants : ni plus ni moins que de l’élitisme.

C’est aussi la dévalorisation des cursus classiques, où sont inscrits la majorité des étudiants, et encore la dévalorisation des diplômes délivrés jusque-là. Car lorsque les parcours d’élites du PRES seront érigés, que pèsera une Licence ou un Master « normal » ?

 

… et rien pour les autres filières

Le projet « SUPER » met aussi les différentes filières de Paris II, IV et VI en concurrence. L’apport financier dont bénéficieront quelques filières choisies arbitrairement par les présidents d’universités n’est en effet pas seulement un plus pour celles-ci. Dans un contexte de paupérisation de l’enseignement supérieur où les crédits manquent, favoriser certaines filières revient à délaisser toutes les autres. En effet, dans le projet SUPER, l’Etat n’apporte qu’1€ de crédit à un cursus intégré au projet et, en contrepartie, les Universités doivent apporter au moins 2€ depuis leurs fonds propres.

Ainsi, quand l’IDEX privilégie un cursus, pour pouvoir suivre et le financer, les universités puisent dans les budgets des autres cursus qui se voient alors dépouillés. Lorsque sont privilégiées par l’IDEX les filières de sciences, d’ingénierie, de santé et de droit des affaires, c’est pour mettre au second plan, en prenant sur leurs budgets, des filières de sciences humaines (langues, lettres, arts, histoire, science-politique, économie, etc.) et de toutes les filières juridiques autres que droit des affaires.

 

Attention aux droits étudiants !

Le développement de cursus intégrés au PRES présente également des inquiétudes fortes quant aux droits des étudiants. En effet, les cursus classiques, habilités nationalement dans le cadre normal du parcours Licence, Master, Doctorat (LMD) sont régis par un cadre national protecteur en terme de modalités de contrôle de connaissances, de contrôle continu, de compensation des notes, de rattrapages, de validation voire de capitalisation des acquis, de redoublement, etc.

Or, rien dans le projet SUPER ne précise comment les nouveaux diplômes seront habilités.

Qu’ils soient habilités seulement par l’Université comme un Diplôme Universitaire (DU, comme par exemple le Collège de Droit à Paris II, sélectif avec des frais d’inscription supplémentaires) ou bien seulement par le PRES, le risque est grand qu’ils ne soient pas habilités nationalement par l’un ou l’autre biais.

L’absence d’habilitation nationale entraine nécessairement l’absence d’un cadre protecteur des droits étudiants en matière pédagogique ou de frais d’inscription.

 

La casse du service public du logement étudiant

L’UNEF se félicite que le projet « SUPER » partage le constat du manque de logements étudiants. Seulement, pour y répondre, l’IDEX préfère confier la construction de logements étudiants à de nouveaux acteurs ignorants des problématiques ou de la gestion du logement étudiant : les universités et le PRES. Et cela, sans apporter aucune garantie, ni quant à l’implantation des futurs logements, ni quant aux loyers exigés, ni surtout quant aux critères d’attribution de ces logements.

L’UNEF demande la réorientation des financements de l’IDEX dédiés au logement vers la construction de logements étudiants gérés par le CROUS, seul acteur efficace pour penser le logement étudiant à l’échelle de l’académie mais surtout pour proposer une offre de logements accessibles aux étudiants et à destination de ceux qui en ont le plus besoin.

 

Nos revendications

Plutôt qu’un financement sur projet, l’élitisme et la mise en concurrence des universités, filières et étudiants, l’UNEF propose :

  • Un financement selon les besoins des universités et filières
  • Un cadrage national des diplômes valorisant les parcours et protecteur des droits étudiants
  • Plus d’encadrement, ce qui passe notamment par des TD moins surchargés
  • Une pluridisciplinarité ouverte à tous les étudiants
  • Des aides suffisantes pour permettre à chacun l’accès et la poursuite d’études à l’université

L’accès réel de tous à l’université doit demeurer une priorité, un diplôme de qualité étant la meilleure protection pour un jeune sur le marché du travail.

 

Vous pouvez télécharger le tract sur l’IDEX SUPER ici.

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